Absolute zero

Absolute zero

-273°C Musique Peinture Poésie
 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partager | 
 

 ROMAN D'ALEXANDRE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5  Suivant
AuteurMessage
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 13:03

Voici les adresses où les fichiers sont téléchargeables en pdf: (illustrations du domaine public et texte mis à disposition par l'auteur)
Roman d'Alexandre, texte brut
http://www.mediafire.com/?73c7qk5upw4z4yg (http://www.mediafire.com/?73c7qk5upw4z4yg)
ou
megaupload.com megaupload.com7E9MSO81 (http://www.megaupload.com/?d=7E9MSO81)

Roman d'Alexandre illustré
http://www.mediafire.com/?pd68chr466g9jih (http://www.mediafire.com/?pd68chr466g9jih)
ou
megaupload.com megaupload.com94RC1AMD (http://www.megaupload.com/?d=94RC1AMD)




Dernière édition par Sud273 le Mer 13 Juil - 10:47, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 13:10

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 13:11


INTRODUCTION

Pourquoi le roi de trèfle se nomme-t-il Alexandre?
Parce qu'à l'égal de David, de César et de Charlemagne, Alexandre le Grec a laissé une trace symbolique majeure dans l'imaginaire de l'Europe occidentale.

En témoignent les nombreuses versions de son histoire, rédigées tout au long du moyen-âge, en roman, c'est-à-dire en français. L'un de ces écrits, en vers de dix syllabes (car le "roman" en tant que genre littéraire est à son origine une œuvre en vers) occupe même la place de tout premier texte profane de notre littérature nationale. Cette profusion de récits fragmentaires allait encourager un clerc de Bernay lui-même nommé Alexandre à réunir en une somme, une bible à l'intention des seigneurs en quête de modèles royaux, l'épopée du conquérant macédonien, en lui dressant un tombeau de seize mille vers.
Pour ce faire, il utilisa le mètre le plus long, le dodécasyllabe, qui n'avait guère la faveur des poètes avant lui. Le succès extraordinaire de son œuvre lia définitivement le nom d'Alexandre au vers français de douze syllabes, l'alexandrin, matériau de base de tout le théâtre classique et d'une bonne partie de la poésie romantique.

Conçu vers 1180, Le Roman d'Alexandre réunit les trois composantes de la littérature médiévale: veine épique, veine fantastique, veine courtoise, auxquelles il ajoute une dimension exotique et initiatique. Il inaugure un mélange des genres tout shakespearien, dans lequel l'humour voisine avec le drame. Sa structure exemplaire recèle une double trame à caractère psychologique, qui, sous couvert de biographie et d'histoire constitue le premier exemple de "roman", au sens moderne du terme.

Malheureusement, la langue après huit siècles d'évolution, est devenue inintelligible, et une traduction littérale, si elle rend justice au contenu informatif, décourage le plus zélé lecteur en le privant du chatoiement poétique de l'original. Devant le Roman d'Alexandre, nous nous trouvons aujourd'hui dans la position de l'idiot qui, trouvant un diamant brut, le jette comme un vulgaire caillou, ou, au mieux, s'en sert comme combustible.
En nous plaçant dans la longue chaîne des ouvriers, qui autour d'Alexandre de Bernay, avant comme après lui, se sont attelés à améliorer l'œuvre commune, nous nous sommes efforcés, Jean d'Anna et moi-même, de retailler les facettes du joyau, afin que nos contemporains en perçoivent de nouveau l'éclat. Cette tentative est une première.

Les spécialistes découvriront comment les subtilités de la métrique (formes fixes, schémas rimiques originaux et leur dislocation au moment opportun) ont contribué à restaurer les enluminures. Fidélité dans l'esprit, liberté dans la lettre nous ne nous sommes autorisé que deux innovations: Albin, le second cheval, est devenu Pégase, Aimable la reine des Amazones a retrouvé son nom grec. Nous avons été tentés de rendre à Tholomé son patronyme, puisqu'il s'agit de Ptolémée Lagos, premier pharaon lagide ancêtre de la grande Cléopâtre, mais l'euphonie l'a finalement emporté sur la précision historique.

Sans faire main basse sur le texte pour nous l'approprier nous avons simplement jeté sur le chef-d’œuvre un œil neuf. Nous n'avons pas pris de gants; une entreprise aussi ambitieuse ne s'accommode pas de précautions scolaires. Car, comme le dit la sagesse paysanne, et comme le répète Chrétien de Troyes à l'ouverture de Perceval, son roman inachevé: "Qui sème peu récolte peu".
Rassasie-toi, lecteur, du fruit de nos moissons, et goûte le vin clair des vendanges tardives.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 13:19


Chasseur, probablement Alexandre, bronze d'après Lysippe de Sycione, British Museum

PROLOGUE

Ecoutez, -c'est ainsi que toute histoire naît-
Ecoutez, il s'agit d'une histoire vécue
Telle que la conta le hérault de Bernay,
Cet Alexandre qui n'est plus qu'un nom de rue.
Paris avait voulu se l'adjuger à tort
Ce poète qui inventa l'alexandrin
En révisant les vers du clerc Lambert Le Tort,
Lequel avait traduit son roman du latin.
C'était le mois de mai quand les jardins s'ombragent,
Quand les petits oiseaux chantent en leur jargon,
Quand l'herbe reverdit, quand la terre sent bon,
C'était au mois de mai qu'il se mit à l'ouvrage.
C'était le mois de mai, le temps des lendemains,
C'était au mois de mai, un peu avant la fin.

Qui veut prêter l'oreille à l'histoire à venir
Trouvera dans mes vers les plus hautes prouesses;
Il saura partager entre aimer et haïr,
Et garder ses amis sans trahir ses promesses.
Autant il apprendra à courir les bienfaits,
Autant il vengera dans le sang les offenses;
Regardant sans pitié ses ennemis défaits,
Il saura s'il le faut prouver son indulgence.
Tel qui sait commencer a du mal à finir:
Tout son art tombe à plat faute d'apothéose.
Comme l'ânon laineux il ne doit pas vieillir,
Il croît et s'enlaidit, triste métamorphose.
Ces poètes bâtards il faudrait les renier,
Ils ne savent des mots que l'enveloppe vide:
Leur œuvre ne vaut pas la moitié d'un denier;
On doit rafistoler leurs récits insipides.
Je ne veux raconter que pour vous réjouir:
Ecoutez maintenant la merveilleuse histoire
Du meilleur roi que Dieu jamais laissât mourir;
D'Alexandre je veux célébrer la mémoire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 13:33


Naissance : Manuscrit flamand Q C Rufus. Flemmish c1470-80 MS Laud Misc. 751 MRM

NAISSANCE D'ALEXANDRE

Le ciel s'était fendu du haut jusques en bas;
L'instant où il naquit fut fertile en prodiges:
Pour souffler sur son front le génie des combats,
La mer avait rougi comme un lac qui se fige.
La terre qui s'ouvrait déjà de tous côtés
Anticipait ses cavalcades formidables,
Elle avait reconnu le héros redouté
Qui la plierait un jour sous son joug implacable.
Avant d'avoir quinze ans, il fut fait chevalier.
Pendant les douze années que perdura son règne,
Sur les douze cités qu'il bâtit pied à pied
On vit flotter son oriflamme et ses enseignes.
Jusqu'aux bornes d'Arthur il porta son drapeau.
Tout le monde habité eut été sien sans doute
Si l'on ne l'avait pas empoisonné si tôt,
Fauché dans sa splendeur au milieu de sa route.
Il n'avait que trente ans, il était fier et beau,
Il avait réussi à prendre Babylone:
Sa dépouille déjà descendait au tombeau.
Nul ne devait porter après lui sa couronne.

Le père de l'enfant dont je vous entretiens,
Le roi de Macédoine et de l'Esclavonie,
Philippe, c'est son nom, était homme de bien,
Il avait épousé Olympias d'Arménie.
Cette dame, inclinée à tous les plaisirs sains,
Aimait autant chasser qu'entendre symphonies,
Elle ne faisait pas secret de ses desseins.
Son bon cœur l'exposait à force vilénies.
Comme elle couvrait d'or ses chevaliers servants,
Les jaloux lui tenaient rancœur de ses largesses,
Disant qu'elle livrait son corps au tout venant
Et trahissait la foi jurée au roi de Grèce.
Ainsi les médisants, cette armée du démon,
Prétendaient que l'enfant, né par sorcellerie,
N'était que le bâtard du dernier pharaon,
Nectanébo, le roi d'Egypte et de Syrie.
Alexandre naquit dans un monde livré
Aux larrons, aux vauriens, à la noire avarice.
Tout possesseur d'un bien tout seigneur désœuvré,
Dans la terre plaçait ses trésors en nourrice,
Et je gage qu'il reste à cette heure -oui, vrai!-
Tant de valeurs enfouies dans les terres sauvages
Qu'on en pourrait charger cinq cents chevaux de trait,
Mais nul n'en verra plus la couleur... c'est dommage.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 13:39

REVE D'ALEXANDRE

A l'âge de cinq ans, je l'ai lu quelque part,
Alexandre eut un songe, une vision obscure:
Il se voyait marchant en quête d'aventure
Quand il trouva un œuf laissé là par hasard.
Il roula la coquille sur la terre dure.
Personne n'en voulait; il pensait le manger.
L'œuf se brisa; il vit alors s'en dégager
Un serpent monstrueux d'orgueilleuse nature.
L'animal, par trois fois, faisait le tour du lit,
Puis retournait tout droit vers l'œuf, sa sépulture,
Car avant d'y entrer, le serpent ramolli
Crevait comme un ballon, par sa trop forte enflure.
On rassura l'enfant: c'était un cauchemar,
Mais Philippe intrigué par ces vives images
Fit venir en sa cour les devins et les sages.
Astarus, le sorcier, c'était un fin renard,
Dit: ''Rien de bon ne sort d'un songe où tout se brise:
L'œuf n'est que faible chose, et le serpent qui sort
Est le fou qui met à guerroyer ses efforts
Et veut sur tous les rois assurer son emprise.
Tout lui échappera, il fera demi-tour,
Ses hommes s'enfuiront, il mourra comme un ladre,
Seul, déchu, délaissé par toutes ses escadres.''
Philippe blêmit à ce verdict sans recours.


gravure L’éducation d’Alexandre par Aristote c.1870

D'Athènes, avant tous, était venu aussi
Le plus grand des savants, le célèbre Aristote;
Il s'était dégagé des superstitions sottes.
Au roi de Macédoine. il tint ces propos-ci:
''Cet œuf dont il s'agit est une chose forte:
Il signifie le monde, et le sable, et la mer.
Le jaune en son milieu, c'est tout notre univers.
Soit, le serpent c'est lui, mais point la bête morte;
Il souffrira grand-peine, et pourtant, en vainqueur
Il ne reviendra pas au royaume de Grèce
Car il aura conquis le monde par prouesse
Et montré par trois fois sa valeur et son cœur.
Ce rêve annonce qu'il sera maître du monde."
Philippe en écoutant a repris sa couleur.
Aristote est couvert de bienfaits et d'honneur
Et nommé premier précepteur, dans la seconde.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 13:46


NECTANEBO

D'Egypte il vint pourtant un autre instituteur;
Philippe redoutait la puissance du mage.
C'était Nectanébo, voyageur de passage
Qui disputait au Grec la place de tuteur.
Aristote en secret avait laissé entendre
Qu'il fallait que l'enfant se fasse une opinion
Et qu'on laissât venir ce sorcier d'occasion
S'il voulait enseigner ses tours à Alexandre.
Car l'enfant dévorait cartes et parchemins,
Il voulait tout savoir des fleuves et des routes;
Il demandait des preuves, mettait tout en doute:
On laissa donc le mage lui donner la main.
Celui-ci lui conta les mystères des voutes,
Comment au firmament le soleil est planté,
Comment la lune perd et retrouve clarté,
Quels astres à venir du ciel peuplent les soutes.
Car il n'existait pas plus subtil enchanteur:
Il aurait déguisé cinq cents soldats en armes
En forêt de bois vert, de bouleaux ou de charmes,
Vous eût fait prendre un ru pour un jardin de fleurs.
Un jour Nectanébo monta sur la montagne
Pour montrer à l'élève les constellations.
Au bord du précipice, avec grande attention,
L'enfant écoutait la rumeur de la campagne.
''Le ciel, dit Alexandre, est recouvert d'un voile,
Je n'aperçois pas bien l'étoile du berger."
''Au-dessus de ton front, viens la voir émerger"
Dit le mage. Et l'enfant: ''Montrez encor l'étoile".
Nectanébo alors opine du bonnet,
Avance, doigt levé, pour montrer la planète.
Au fond du précipice, cul par-dessus tête,
Il tombe, et l'enfant dit: "Il a chu, ce benêt".


Nectanebo : manuscrit d’Utrecht (c. 1430) kb.nl
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 14:02


F. Schommer (Allemagne) Alexandre dressant Bucéphale fin 19ème

BUCEPHALE

Alexandre a grandi: il aime au bord de mer,
Au pied des murs de grès, contempler ses domaines.
Trois cents adolescents, fils des seigneurs, ses pairs,
Le suivent pas à pas, si loin qu'il les emmène.
Alexandre les a appelés à sa cour
Pour les faire adouber quand il sera lui-même
Consacré chevalier; ils sont dignes d'amour
Et sauront lui prouver plus tard combien ils l'aiment.
Pour lui ils souffriront les hivers orientaux,
Veilles et privations dans les contrées sauvages,
Campements de fortune accrochés aux coteaux;
Mais n'anticipons pas, ils n'ont pas encor l'âge.

Comme il se promenait pour mieux se délasser,
Alexandre entendit résonner par la ville
Un cri si stupéfiant qu'il en resta glacé.
"Qu'est-ce? " demanda-t-il à Festion. ''Difficile
De vous dissimuler la vérité, seigneur:
C'est une bête énorme, dit-on, et farouche.
Vous êtes nés le même jour, j'en ai bien peur.
Peu s'en faut que le feu lui sorte par la bouche.
Votre père a reçu ce poulain, en cadeau,
De la reine d'Egypte, il était alors frêle;
Queue violette de paon, croupe fauve, gros dos,
Personne n'a jamais pu lui mettre de selle.
Sur un corps de cheval sa tête est d'un taureau,
Ses yeux d'un lion, sire, on l'appelle Bucéphale:
Il ne tolère pas qu'on le flatte au garot,
Il vit seul, enfermé dans une basse salle.
On livre à son courroux, les traitres à foison,
Il en occirait cent d'un coup de pied unique.
Celui qui osera lui ouvrir sa prison
N'est pas encore né sur le sol de l'Attique.''

Alexandre aussitôt veut dompter le cheval.
Il n'aura jamais plus de paix s'il ne commence.
Il est comme un mendiant devant un plat royal,
Etouffé de désir et de folle impatience.
Ses compagnons voudraient l'arrêter; il s'en rit.
Ils l'imaginent morts, rompus, privés de membres;
De le voir dépecé ils seraient fort marris:
Alexandre s'élance et va droit à la chambre.
Il s'arrête à la porte et la bourre de coups,
Il s'arme d'une masse et brise la serrure.
Le cheval reconnaît son maître; à deux genoux
Voilà que devant lui s'incline sa monture.
Soudain doux et muet comme un faucon en sac,
Bucéphale attend qu'il lui caresse la croupe,
Il le laisse lisser ses crins dressés en vrac,
Et essuyer son front; il tombe sous sa coupe.
Alexandre lui pose un mors d'émail et d'or,
S'empresse de monter sur le cheval rebelle,
Pique aussitôt des deux et les voilà dehors.
Le palais tout entier commente la nouvelle;
Les courtisans s'enfuient, quittes pour la frayeur:
Alexandre a dompté la bête monstrueuse.
On murmure que c'est l'exploit d'un empereur,
Que la Grèce sous lui sera forte et heureuse.


Tiepolo Alexandre et Bucéphale Musée du Petit-Palais, Paris
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 14:11

ADOUBEMENT D'ALEXANDRE ET DE SES PAIRS

A treize ans et cinq mois, on n'est plus écolier:
Il est temps qu'Alexandre soit fait chevalier.
Les barons vont au roi et tiennent ce langage:
''Alexandre saura vous prouver son courage,
Il aura le dessus sur tous ses ennemis:
Les plus riches d'entre eux deviendront ses commis.
Après qu'il les aura réduits en esclavage,
Ils mendieront jusqu'à leur pain sur son passage.
Vivez donc insouciant, reposez-vous sur lui;
Qu'il soit fait chevalier, et ce, dès aujourd'hui.
Vos gerfauts voleront dans un ciel sans nuage:
Chassez sur l'eau avec la reine au clair visage.
Pour Alexandre, Dieu fit le monde petit.
Redorant le blason des barons décatis,
Il prendra aux oisifs assis sur leurs richesses
La soie qui parera les chevaliers de Grèce."

''Olympias'' dit le roi, ''faites confectionner
Les atours d'apparat qu'il faudra lui donner.
Je me chargerai, moi, de lui fournir des armes.
J'en fais forger 300... Non, mon fils, point d'alarmes,
Car, pour l'amour de vous, je veux qu'il soit admis
Qu'on fasse chevalier aussi tous vos amis.
Holà! que sans délai, laquais, on nous apporte
Des fonts pour baptiser toute cette cohorte."

''Seigneur Dieu qui avez assis le firmament
Dans la voute étoilée, frappez-moi si je mens:
Je ne me baignerai que dans la mer immense."
Alexandre ainsi fit ses adieux à l'enfance.
Sous les yeux ébahis des curieux qui s'assemblent,
Les trois cents jouvenceaux se baignèrent ensemble:
Ils couraient à l'envie, sautaient, nageaient, ramaient;
Le chanceux qui les vit ne l'oubliera jamais.

Cependant qu'Alexandre arpente le rivage,
La reine a fait charger deux chevaux par ses pages.
Le nouveau roi voit ses compagnons s'apprêter
Avec les vêtements que l'on vient d'apporter.
''Que l'on vête d'abord parmi nous les moins riches!
Que sur leurs beaux chevaux en armure ils s'affichent.
Qu'on cherche Bucéphale mon fier destrier!"
Alexandre a déjà le pied à l'étrier.
Le cortège joyeux longe un moment la grève
Les trois cents chevaliers défilent comme en rêve.

Le roi Philippe ordonne aussitôt un tournoi,
C'était la tradition, la tradition vaut loi.
Tous les nouveaux guerriers s'affrontent, joutent, chutent;
Même les écuyers se défient à la lutte.
A l'issue de ces jeux vous l'aurez deviné,
Princes, contes, soldats, s'asseyent pour dîner.
Sous les lambris dorés la fête est solennelle.
Les amis d'Alexandre aux serviteurs se mêlent.
Ils ont nom Perdicas, Licanor, Clin, Festus,
Abilas, Tholomé, Aristès et Caulus.

Sur un lit de brocard Aristote a pris place;
On voit sur le tissu brodé toutes les races
De poissons et d'oiseaux qu'on connaît sous nos cieux:
''Grand Prince, choisissez douze pairs devant Dieu;
Récompensez-les bien car qui volontiers offre
Est mieux servi que qui met sa fortune au coffre.
Ils livreront pour vous vos batailles, Seigneur,
Ils seront votre armée, vous serez leur vainqueur.
En plus des précédents vous élirez Filote,
Antigonus, Lihoine, Antiochus pour pilote.
Qu'Emenidus d'Arcage emporte vos couleurs."
''Dieu le veuille", répond le roi au précepteur.


Sangallo d’après l’original perdu de Michel-Ange La bataille de Cascina


PREMIERS EXPLOITS

L'occasion de briller ne se fait pas attendre:
Un certain Nicolas, roi des Arcananiens,
De Philippe le Grec souhaite se faire entendre;
Il réclame un tribu sur sa terre et ses biens.
Alexandre furieux d'une pareille audace
Dit à son messager: ''Ton roi est un forban.
Mon père et tous les grecs n'ont cure des menaces.
Convoquons contre lui ban et arrière-ban.
Nous ne lui devons rien et notre armée est prête.
De lui, j'accepterai un seul gage en pardon:
Je ne serai content que quand j'aurai sa tête
Posée sur le plateau de ce grand guéridon."

C'est devant Césarée que la chose fut faite.
Mais le roi Nicolas était proche parent
Du monarque le plus puissant de la planète,
Darius, shah de la Perse et seigneur de l'Iran.
La mort de Nicolas provoqua sa colère:
''J'ai voulu, disait-il, que Philippe soit roi.
Les rois sont mes valets, ils me doivent leur terre;
Qu'Alexandre me rende ce qui est à moi.
Déjà ce galopin se croit maître d'Athènes,
Déjà il veut régner jusqu'à la mer de Tyr.
Qu'on porte à cet enfant des jouets pour sa peine,
Et qu'il vienne à genoux pour mieux se repentir".
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 14:20

DEFI DE DARIUS

Les messagers persans vinrent en Grèce comme
Philippe célébrait, avec ses courtisans,
Des jeux, en l'honneur de son fils le conquérant
Qui des châteaux d'autrui fait des fiefs pour ses hommes.
''Roi Philippe, Darius te croit un fier brigand:
Viens lui faire allégeance, il l'exige, il l'ordonne.
Remets-lui ton royaume; il se peut qu'il t'en donne
Un morceau, juste assez pour en remplir ton gant.
Si ton fils tombe aux mains de Darius en personne,
Il faut qu'il sache qu'il ne vivra pas deux ans!"
En entendant ces mots, le roi reste dolent,
Sur son front fatigué chancelle sa couronne.
Le roi reste interdit: jamais de son vivant
Il n'a vu s'opposer quelqu'un quand Darius somme,
Mais Alexandre dit: ''Votre Darius m'assomme,
Mon père le méprise. Il est libre, et avant
Quatorze mois je conduirai cent vingt mille hommes
En Perse qui sera mienne avec tout l'Orient.
Je serai le seigneur des petits et des grands,
Et cela, aussi vrai qu'Alexandre on me nomme."
Tous les Grecs font écho à ces mots par leurs chants.
L'un dit: ''Mon coursier n'est pas un cheval de somme,
Qui n'ira pas en Perse est un pleutre, un sous-homme;
Mon haubert est solide et mon épieu tranchant."

Les messagers regrettent déjà l'aventure.
Ils tombent à genoux devant l'air courroucé
D'Alexandre. Ils se voient occis et dépecés;
Ils tremblent de mourir dans d'affreuses tortures.
Ils donnent le présent dont ils étaient chargés,
La lettre qu'Alexandre ouvre d'une main sûre.
Longtemps il réfléchit en en faisant lecture.
Il relève la tête et prend l'air dégagé:
''Votre roi me prend pour un enfant immature,
Croit-il avec ses piètres signes m'effrayer?
Tout autre que Darius l'eut sur l'heure payé;
Il m'honore en croyant qu'il peut me faire injure.
Ces objets qu'il m'envoie ont tous un sens caché:
Votre roi est subtil, il connaît la nature.
Ses dons révèlent bien les destinées futures:
Darius s'en serait-il arrêté au cliché?
Oui, cette balle, j'en forme la conjecture,
Figure l'univers par la terre entouré:
En un mot c'est le monde, et je le conquerrai!
Ces baguettes liées sont de sinistre augure:
Il me faudra combattre afin de m'imposer.
Je soumettrai les rois; c'est ce frein qui l'assure.
Mes soldats iront loin, l'écrin par sa dorure
Montre qu'ils me suivront jusqu'au trépas. Osez!
Allez dire à Darius que son règne ne dure
Que tant que je le veux et qu'il doit s'humilier.
Je le renverserai s'il ne veut pas plier,
Ou je renoncerai à l'épée; je le jure!"

Les messagers persans ont hâté leur retour.
Ils content à Darius la terrible méprise,
Et comment Alexandre a compris à sa guise
Les cadeaux ambigus qu'on lui fit sans détour.
"Il ne vous aime pas, et il vous en avise:
Prenez garde, dit-il, car prochain est le jour
Où il s'emparera de vos fiefs et vos bourgs;
Soyez content s'il vous laisse votre chemise...
Pour retrouver la paix il veut trancher le cours
De votre vie, et cette simple idée le grise.
Son père ne viendra jamais à votre cour:
"C'est l'égal de Darius il agit à sa guise!"
Darius rougit soudain: serait-il pris de court?
Il ne supporte pas qu'un prince le méprise:
"Qu'Alexandre se plie! Qu'Alexandre agonise!"
Alexandre déjà a fait battre tambour.
Nul ne se soustraira, la décision est prise,
Les grands et les petits viendront à son secours.
Il vêt les démunis de manteaux de velours.
Au défi de Darius sa réponse est précise.
Alexandre n'a pas attendu quatre jours.
Philippe malgré lui dans le confort s'enlise.
Ils s'embrassent et pleurent, leurs deux cœurs se brisent.
Ils se sont dit adieu: hélas, c'est pour toujours.


Sebastiano Conca Alexandre visite le temple de Jerusalem, huile 50x70 Musée du Prado (détail)

VERS L'ORIENT

Alexandre ne voit pas la Syrie de près.
Droit sur Jérusalem, il file: il est fin prêt
A prendre la cité: il la veut sans partage.
Il l'aurait ravagée, il eût fait un carnage,
Mais tous les habitants s'humilient devant lui.
Les nobles citoyens ne se sont pas enfui.
Les religieux sont là pour que lui soient remises
Les lois que Dieu confia au Sinaï à Moïse.
Alexandre s'incline et montre son respect;
Il trouve un peuple ami qui désire la paix,
Qui lui fait sans détour des serments d'allégeance.
Il leur promet d'assurer leur indépendance,
Leur garantit la paix toute sa vie durant.
Le peuple se confond en pieux remerciements,
Lui porte maints présents mais le roi ne prend rien.
Il dit: ''Votre affection est le plus grand des biens".

Les cités rencontrées crèvent comme des outres;
Parfois l'armée n'a que le temps de passer outre.
Les trésors apportés pour calmer son courroux
Sont laissés aux pillards, aux hyènes et aux loups.
Mais résister aux Grecs est chose périlleuse:
C'est ce qu'apprit le duc de la Roche orgueilleuse.
Ce château établi au sommet d'un piton
Se croyait invincible; il fut rasé dit-on.
Son duc se moquait des armées sous ses tourelles:
''Pour m'atteindre, il faudrait qu'il leur pousse des ailes''
Se vantait ce seigneur entouré par la mer.
Les Grecs prirent leurs cordes, leurs crochets de fer
Et pour donner l'assaut, ils firent l'escalade
Tandis que leurs archers tiraient sur les sans-grade.
''Mourir ici près de chez toi!" raillait le duc,
''Ton avenir de roi, Alexandre, est caduc;
Je fais cas de toi comme d'une pomme blette!"
Cette plaisanterie lui a coûté la tête.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Dim 26 Juin - 14:39

La nature est plus redoutable que l'humain:
Le soleil, sans pitié, incendie les chemins.
Les hommes suent, ils étouffent sous leur armure,
La touffeur est si forte et la route si dure
Qu'en voyant un fleuve au loin, les Grecs abattus
Ne peuvent supporter de demeurer vêtus.
Sept mille hommes portant leur arme en bandoulière
Pêle-mêle vont se jeter dans la rivière.
Alexandre aussi plonge, mais tout habillé;
Il ressort et ses barons le voient vaciller.
Il a le cœur transi par l'eau glacée des sources:
L'eau de Nidèle va mettre fin à sa course.
Les espions de Darius, cherchant un assassin,
Font des offres d'argent à son seul médecin.
Celui-ci les repousse avec noblesse et rage.
Alexandre confiant absorbe son breuvage.


Pietro Testa Alexandre rescapé de la rivière du Cydne Metropolitan Museum of Art

Le roi va mieux. Il dit: "Prenons une cité;
C'est fête puisque j'ai retrouvé la santé."
Pourtant c'est sans combat que la ville d'Elite
Leur ouvre grand les bras; Alexandre visite.
Devant une statue, il dit: "Voyons de près
Ce grand portrait qui me ressemble trait pour trait."
C'est le seigneur Nectanébo dit un vieux sage,
''Nous l'avons statufié lorsqu'il vint de Carthage".
Le roi dit à ses troupes: "Laissez l'enchanteur,
Il tombera tout seul de toute sa hauteur".

L'armée file toujours; elle anéantit Tarse.
Tyr résiste vingt jours et puis livre sa darse.
Mais Alexandre enfin dit: "C'est assez d'exploits,
J'ai formé cette armée pour un plus noble emploi."
Il ne s'arrête plus, il chevauche sans trêve;
Les terres de Darius sont son unique rêve.
Il confond les félons, les détruit, les abat,
Il épargne tous ceux qui endossent son bât.
Enfin il arriva aux portes du royaume:
Il fit planter sa tente et préparer son heaume.


Henryk Siemiradzki Alexandre et Philippe d’Arcarnania 1870

LA TENTE D'ALEXANDRE

La tente d'Alexandre a cent pieds de largeur,
Et son pilier central est un seul bloc d'ivoire
Sur lequel sont sculptées des scènes de l'histoire,
Enchassé aux deux bouts de pierres de couleur
Aux pouvoirs mystérieux: l'escarboucle du faîte
Comme un phare puissant chasse l'obscurité;
La topaze â la base, aux chaleurs de l'été
Rafraîchit l'air ambiant; nul n'en sait la recette.
L'étoffe recouvrant la solide armature,
Tendue par un cordage en ailes d'alérion
Plus tranchantes que n'est l'épée du centurion
Est d'une seule pièce tissée, sans couture.
L'un des pans est plus noir qu'anthracite ou charbon,
Comme feuille au printemps, l'autre est vert clair et beige.
Le troisième est blanc mais glacé comme la neige;
Le dernier est vermeil, teint du sang d'un dragon.
Mêlée à la fourrure de la salamandre
Qui se plaît dans le feu, la toile incombustible
Possède aussi, dit-on, des qualités sensibles
Et reconnaît tout lâche ennemi d'Alexandre.
Au-dessus de l'auvent siège un aigle royal
Perché sur une flèche de fer sans volutes,
Dans son bec cet oiseau tient une fine flûte
Que l'on entend chanter dans le vent estival.
La queue de l'effigie est formée d'une arête
D'Echinéïde, c'est, parait-il, un poisson.
Il arrête les plus puissants vaisseaux d'un son.
Voilà, de l'extérieur, la description complète.

Entrons et vous verrez, à droite, les saisons,
L'été et ses vergers, ses blés en fleurs, ses vignes,
Chaque mois illustré, les heures et les signes,
On y lit: "Redoutez du temps la trahison".
Les constellations tracent un parfait zodiaque,
Carte du ciel, calendrier perpétuel.
En face l'on découvre le monde actuel
Et les trois continents entourés par leur flaque.
Alexandre souvent, sur son lit de repos,
Au milieu de ses pairs qui admirent sa science,
Rêve en citant les noms des cités d'importance
Ecrits en lettres d'or par-dessus les drapeaux.
Mais immanquablement, cependant qu'il médite,
Il dit: "Ah, mes amis que ne suis-je marin;
J'irai chercher plus loin s'il n'est pas de terrains,
Car ce monde est étroit pour l'homme de mérite."

La troisième tenture nous montre comment
Hercule fut conçu et porté par Alcmène.
L'enfant en son berceau, au centre de la scène
Etrangle entre ses poings deux énormes serpents
Que Junon irritée plaça dans sa brassière.
Le demi-dieu, plus loin tient la voute des cieux.
Il pose dans l'Orient les deux piliers gracieux
Qui du monde connu sont l'ultime frontière.
Sur le dernier côté, Hélène et Ménélas
Séparés par Pâris, sont peints avec superbe.
On voit s'enfuir la dame au cœur des blés en herbe,
Et, premier devant Troie mourir Protésilas.
''Après dix ans de siège, ils n'ont laissé que ruines"
Dit Alexandre: "Moi, je descends de ces Grecs.
Darius, prépare-toi au plus cuisant échec,
Toi qui peuples ta cour de valets de cuisine."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 12:36


Jan Brueghel l’Ancien-Bataille d’Issos huile (1605) Musée du Louvre

LE PRE DE PAILE

L'Araks Perse est profond pour passer à pied sec.
Sur ce fleuve frontière est sis le camp des Grecs.
Darius s'est installé au cœur du pré de Paile:
Il y a étalé ses trésors à la pelle.
Le paile est un drap d'or, un brocard chatoyant;
Le nom du pré provient de ce tissu voyant.
Les velours orientaux, les étoffes précieuses,
Tout git là, répandu dans l'herbe au pied des yeuses.
Ne voulant pas faillir à sa réputation,
Darius montrait son or avec ostentation.
Alexandre le Grand ne céda pas au charme:
Il montra quant à lui ses chevaliers en armes.
La vision des soldats sur leurs chevaux piaffant
Suggéra à Darius qu'il était trop confiant.
Au point du jour il dépêcha ses émissaires.

Tel était le message urgent qu'ils délivrèrent:
''Alexandre, ton cœur est rongé par le mal:
Entend ce que Darius te propose en égal.
Tu as violé sa terre, un formidable outrage;
Jamais homme avant toi n'avait eu ce courage.
Reconnais que tu es son vassal, car c'est l'us,
Tes aïeux ont plié devant ceux de Darius.
Mais lui-même est si humble, il a le cœur si sage
Qu'il ne gardera pas rancune de ta rage.
Sa fille est fort jolie, il te la veut donner,
Ses barons sont d'accord; il suffit d'ordonner.
La moitié de ses biens t'échera par mariage.
Son royaume te reviendra par héritage.
Son peuple souffrirait de querelles pour rien:
Il préfère élever tes fils comme les siens."


Albrecht Altdorfer Bataille d’Issus (1529) huile 158x120- Alte Pinakotehk, Munich
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 12:49

Darius, lorsqu'on lui dit qu'Alexandre s'entête
Réunit son conseil en séance secrète:
''Que ferons-nous, barons? Alexandre je crois
M'offre l'amour du lion pour l'agnelle aux abois.
Puisque ce traître grec avec orgueil nous raille,
Dès demain contre lui nous livrerons bataille."



A la pointe du jour, Darius en général,
Devant ses conseillers, enfourche son cheval.
Il fait par ses crieurs donner l'ordre qu'on groupe
Sous ses meilleurs sergents le plus gros de ses troupes.
Fantassins et soudards, artilleurs, cavaliers,
Ensemble ils étaient bien soixante-dix milliers.
Darius savait des grecs la puissance guerrière.
Habiles dès l'abord, vaillants sur leurs arrières.
Peu pouvaient résister à leurs fers ouvragés:
Il ne veut pas lancer ses légions au jugé.
Ses grands chars alignés sur le champ se présentent
Chargés de chevaliers armés de faux tranchantes,
Attelés d'éléphants caparaçonnés d'or:
''Nous emprisonnerons l'armée sur quatre bords",
Dit Darius ''de façon qu'aucun grec n'y échappe.
Privés de tout secours ils s'égaieront en grappes.
Leur déroute est certaine et notre plan parfait".



Alexandre ruina cet audacieux projet.
En tenue d'écuyer bien avant la bataille,
Il s'était immiscé, grâce à sa faible taille
Dans le camp ennemi, puis s'en était allé
Sans qu'aucun garde ne l'ait vu se faufiler.
Il convoqua ses pairs de retour à sa tente:
"Eménidus, dit-il, ta vaillance est patente,
Tu portes mon fanion, j'attends de toi beaucoup;
Tu donnes volontiers, je crois le premier coup:
Tes braves marcheront donc en première ligne.
Vos douze bataillons connaissent la consigne:
Lorsque les éléphants croiront vous pourchasser,
Ecartez-vous en croix et laissez-les passer.





Pour les prendre à revers lancez-vous à leur suite,
Faites verser les chars et coupez-leur la fuite.
Ménagez la surprise et sans faire quartier,
Jetez-vous après ça sur l'armée en entier.
Dans le corps des fuyards plongez vos fortes lames:
Ils fondront comme fait la glace auprès des flammes.
Darius, hier, en vainqueur, voulait tout nous ravir;
Les Grecs sous les Persans ont fini de souffrir."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 13:00



Le pas des éléphants ébranle la campagne.
Devant les fantassins, ils semblent des montagnes.
L'armée comme la mer s'entrouvre; ils sont trop lourds,
Les chars tentent en vain de faire demi-tour.
Disloqués par l'élan ils craquent en cascade;
Les glaives et les arcs leur portent l'estocade.

Darius de loin assiste au désastre annoncé.
Serrant son bouclier, il aboie, courroucé:
''Où est-il maintenant, ce chevalier, messires,
Qui pour l'amour de moi défendra mon empire?
Que l'on fasse aligner quarante bataillons:
Je veux cet Alexandre au cachot, en haillons!"
Les soldats grecs grisés par l'odeur de conquête,
Sur le champ en riant ont aligné des têtes.
Les Perses, lance au poing, se ruent tous au combat:
Les douze bataillons attendent, profil bas.
Les cavaliers déploient dans le vent leurs enseignes:
La mêlée des guerriers n'est qu'un grand corps qui saigne.
Lorsque les lances plient, fusent les cris d'effroi.
Le temps n'est plus aux mots. Vivent les plus adroits !

Bucéphale à son tour se mêle à la bataille;
Les écuyers lui ont mis sa cotte de mailles;
Il est bardé de bandes de fer, jusqu'au sol;
Des lanières de soie lui protègent le col
Attachées par des boucles d'argent, en pagaille.
Alexandre fourbit sa lame, sabre, taille.
Sa lance est restée dans le corps d'un ennemi.
Il atteint Penchaël et le fend par demi.
Plus de sept chevaliers meurent à l'identique.
Les Perses désarmés voient s'amoindrir leur clique.
Le temps n'est plus aux mots, on tranche dans le vif.
Les Grecs, prompts au combat, se font expéditifs.
Les soldats de Darius comme cerfs en jachère,
De cervelle et de sang entachent les bruyères.
Les boucliers froissés ont volé en éclats.
Les épées contre les casques sonnent le glas.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
Sud273
Admin


Nombre de messages: 384
Date d'inscription: 28/02/2007

MessageSujet: Re: ROMAN D'ALEXANDRE   Lun 27 Juin - 13:02

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://absolutezero.your-board.com
 

ROMAN D'ALEXANDRE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 5Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5  Suivant

 Sujets similaires

-
» Question sur un harmonium Alexandre Père et Fils
» L'Oeil clos, roman XIX° de Nico Bally
» Romy (roman chelminski)
» Alexandre Borodine
» Alexandre Nevski-Prokofiev

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Absolute zero :: LITTERATURE :: POESIE-